La guerre de l'eau aura t-elle lieu ?

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La guerre de l'eau aura t-elle lieu ?

Message par Baptiste le Jeu 4 Mar - 20:21

La guerre de l’eau aura-t-elle lieu ?

Par Yvonne Handler, Directeur Exécutif Matières Premières, Morgan Stanley

L’agriculture sera fortement influencée par une pénurie de cette nouvelle matière première qu’est l’or bleu.

La pénurie d’eau pourrait constituer l’un des principaux défis économiques de ce siècle. L’expansion rapide des populations urbaines, dans des pays tels que l’Inde et la Chine, aux besoins alimentaires en hausse, combinée à une consommation d’eau croissante dans l’industrie et à une utilisation non efficiente, exposent à un risque accru de pénurie d’eau gérée de manière durable. La variabilité des ressources hydriques résultant de l’évolution météorologique et climatique, s’ajoute à ces augmentations de la demande.

L’agriculture représente, en moyenne, 70% de la consommation mondiale d’eau. C’est pourquoi, nous estimons que la meilleure façon de se protéger contre une pénurie d’eau, passe par l’agriculture. Beaucoup envisagent des placements dans l’infrastructure, ou dans des actions susceptibles de bénéficier d’une hausse des prix agricoles. Toutefois, si l’on recherche la manière la plus directe d’aborder ce thème, l’agriculture est imbattable. Pourquoi ?

Si l’on observe les tendances sur le long terme, l’eau est une ressource en cours de raréfaction. D’un point de vue historique, le triplement de la population mondiale, au cours du XXème siècle, a multiplié par six la consommation d’eau (Forum du Conseil mondial de l’eau : la crise de l’eau), principalement en raison de l’accroissement des besoins alimentaires.

Selon les prévisions de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production alimentaire mondiale doit augmenter d’environ 60% pour nourrir 2 milliards d’habitants supplémentaires d’ici à 2030. L’orientation à la hausse de la consommation d’eau est favorisée par l’évolution de l’alimentation dans les pays en développement, une mauvaise gestion de l’eau, des pratiques agricoles non durables, ainsi que l’augmentation de la population urbaine mondiale.

[Un] graphique illustre la diminution des ressources en eau renouvelable dans le monde. http://www.un.org/Pubs/chronicle/2003/issue1/0103p40.pdf

Nous estimons que ces tendances s’accompagneront d’une hausse des prix agricoles. Certaines cultures nécessitent de grandes quantités d’eau et c’est l’importance de cette consommation qui, selon nous, fait de l’agriculture le meilleur moyen de tirer parti de la thématique de l’eau.

On sait que les pénuries d’eau entraînent une montée en flèche des prix des denrées agricoles, avec une forte corrélation manifeste. Par exemple, en 2006, les baisses des rendements agricoles dues à la sécheresse, subies par la Russie, l’Ukraine, l’Australie et l’Afrique du Sud, ont réduit la production mondiale de céréales et d’oléagineux et contribué à la hausse des prix agricoles.

Lorsque des incidents météorologiques ont provoqué la baisse de la production mondiale, l’adoption de restrictions à l’exportation et d’embargos alimentaires par des pays tels que l’Inde, la Chine et le Mexique ont réduit l’approvisionnement mondial, aggravé les pénuries, érodé la confiance entre partenaires commerciaux et réduit les motivations des cultivateurs de réagir à la hausse des prix internationaux.

Le restockage ou le préstockage spéculatifs, auxquels se livrent les gros importateurs disposant d’une trésorerie importante, ont également contribué à la hausse des prix.

Nous pensons également que les conflits politiques potentiels, internes et entre pays, sont intensifiés par la rareté croissante des ressources d’eau douce. Selon que l’on a investi dans des actions liées à l’infrastructure ou à l’agriculture, on n’assiste pas au même type de montée en flèche des prix sur une courte période.

Par l’intermédiaire des denrées agricoles, il est possible d’être fortement exposé à certaines des régions du monde les plus pauvres en eau. Parmi nos actifs favoris figurent le cacao, le coton, le maïs, l’huile de palme, le riz, le soja et le sucre. Par exemple, pour le cacao, la production est concentrée sur une zone très limitée, proche de l’équateur (les plus grands producteurs étant la Côte d’Ivoire, le Ghana, l’Indonésie et le Nigeria).

Même pour les céréales, où une bonne partie de la production de soja et de maïs destinée à l’exportation provient des Etats-Unis et d’Amérique du Sud, les conditions météorologiques peuvent varier considérablement d’un hémisphère à l’autre (trop humides ou trop sèches), faisant peser sur un seul hémisphère une charge de production plus importante pour une céréale support. En 2009, la Chine a subi une sécheresse qui a eu des conséquences sur toutes les productions, depuis le sucre jusqu’au soja, en passant par le maïs.

Certaines cultures produisent pendant de nombreuses années. Ainsi, si des palmiers ou des plants de cacao périssent à l’occasion d’une sécheresse, il faut parfois attendre des années avant d’obtenir une nouvelle récolte.

La mise en place d’une exposition à l’agriculture n’est pas nécessairement difficile. Pour l’investisseur individuel, il existe des fonds négociés en bourse. Les obligations structurées sur mesure constituent une possibilité à laquelle on peut avoir recours pour trois raisons principales: (1) acquérir une protection du capital ou un effet de levier supplémentaire, (2) choisir un produit lié à l’agriculture générant des revenus, plutôt qu’une simple plus-value à l’échéance, (3) choisir les actifs les plus intéressants si l’on souhaite investir dans le thème de l’eau.

Les obligations structurées peuvent également cibler des contrats de futures spécifiques qui, selon nous, rendent ce thème encore plus attrayant. L’obligation structurée sur le cacao en est un exemple récent: pour un placement de 3,5 ans, l’investisseur était exposé à un risque de perte équivalent à celui encouru avec des actions (1-1), mais participait à la hausse à hauteur de 125%.

L’eau est une ressource qui ne peut pas être tenue pour acquise. Si «ressource» est ici le mot-clé, «pragmatisme» doit lui être associé. Ainsi, un placement indexé directement aux denrées agricoles peut aider un investisseur à se prémunir contre des chocs à court terme et lui permettre de se positionner à long terme, face à des changements structurels qui semblent inévitables.

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Baptiste
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