De la télé-société : Entre vice et aliénation

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De la télé-société : Entre vice et aliénation

Message par Baptiste le Jeu 15 Avr - 19:39

L’INSTRUMENTALISATION DU VICE : LA TÉLÉ-RÉALITÉ

Chronique de Pierre-Édouard Bruyère

L’intérêt de la société se justifie par l’encadrement des vices inhérents à la nature humaine. Lorsqu’elle incite au vice, elle est malade. Le mal-être des individus se traduit généralement par un accroissement des pratiques prohibées par la morale, un rejet de toute forme de culture et d’intelligence, une négation du passé quasiment systématique, et un besoin d’évasion patent qui s’exprime, si nécessaire, par l’ingérence dans la vie d’autrui.

Le fléau de la débauche et du voyeurisme a fait ses débuts avec la télé-réalité. Il eut été inconcevable, quelques décennies auparavant, que 9 millions de personnes soient scotchées devant leur télévision pour regarder un groupe d’incultes faire étalage de leur ignorance sous l’œil pervers des caméras. Pourtant, forte d’une audace démesurée malheureusement assortie d’une certaine clairvoyance, la chaîne M6 a nourri la France d’un premier plat, peu ragoutant : Loft Story.

Contre toute attente, les français dévorent cette mise en bouche, et se montrent affamés de bêtise. La télévision, cuisinière hors-pair dans ce domaine, fournit une quantité astronomique de déjections visuelles au peuple français qui s’en réjouit, en insatiable glouton.
Cet attrait pour l’exhibition révèle néanmoins un malaise considérable dans l’esprit des gens. Leur vie est devenue si confortable – et si ennuyeuse – qu’ils cherchent l’excitation ailleurs. C’est un fait que la majorité des personnes touchées par cette maladie sont les jeunes. Puisqu’ils ne rêvent plus de rien, démunis d’idéologie et en quête de sens; puisqu’ils rejettent, par incompatibilité et à dessein, tout ce qui incite à la réflexion, les jeunes se tournent vers un plaisir simple et immédiat, bête à souhait. Cette jeunesse fainéante ne cultive plus la terre qui la nourrit, elle mange volontiers le poison généreux de la fée télé. Celle-ci donne, gratuitement, sans effort. Elle permet de s’évader un peu du quotidien; mais surtout, elle console. On rit de ces idiots enfermés dans une cage, qui se prennent le bec pour un rien. On constate qu’il y a plus bête, on se rassure. Enfin, il faut bien avouer qu’il est beaucoup plus commode de se sentir «supérieur» en observant les ignorants, qu’en se hissant au-dessus de ses semblables. Pourtant, quel naïf, le spectateur ! Il regarde, captivé et critique, une modélisation parfaite de sa société. Chaque émission compte son quota d’africains, de chinois, de blancs; chaque caractère est représenté, de la fille de joie au psychorigide; un gay aussi, ça fait bien… Cette caricature de la société plaît au spectateur. Il ne se regarde plus dans la glace, mais aime son reflet lorsqu’il est tourné en ridicule par les patrons de chaines avides d’exploiter l’ennui ambiant.

L’un des critères principaux de la réussite de ces «jeux» télévisuels est la participation du public. Il aime voir ces gens en cage, mais quelle jouissance que de décider de leur sort. Quelle palpitation, le vendredi soir, en attendant que soit enfin révélé, le nom de la personne éliminée. C’est un malin principe, qui ravi le portefeuille de la chaine, et qui comble les français. Ce n’est pas en allant aux urnes, c’est en envoyant un sms pour leur candidat, qu’ils ont le sentiment de faire leur devoir de citoyen. Ils sont plus concernés, ils créent des liens affectifs avec leur participant. C’est leur compagnon du soir, leur bête de foire; elle les amuse, elle leur plaît, elle les séduit.

L’attraction pour ce genre d’émission relève aussi d’une commodité bien calculée. Le jeune qui rentre de l’école va se précipiter sur sa mère télévision pour avoir sa ration d’inepties après une journée enrichissante de savoir. Il a faim, après les cours, alors on lui sert sur un plateau un «real-TV-show», diffusé à l’heure adéquate. Le monde est accro à la télévision; partant de ce postulat, il y a presque une contrainte établie par la chaine, qui diffuse inéluctablement ces jeux. Et puis, la routine s’installe, on prend goût à ces têtes d’ahuris, l’émission résonne comme un repos bien mérité après une journée de travail, puisqu’automatiquement associée à la détente quotidienne. Le français n’a pas changé, il aime le confort, il a ses habitudes. C’est appréciable, en soi, de rentrer et d’avoir un jeux pour assortir son repos. Ça calme, ça rassure, et qu’importe si ça abruti.
L’état d’esprit des chaines privées s’est révélé au grand jour avec ce type de jeux. La guerre entre TF1 et M6 a éclaté. A coups de «Secret story», de «Koh-Lanta», d’»Opération séduction», la guerre fût sans merci. La première a fini par l’emporter.

L’inflation de ces jeux a néanmoins imposé la création de certaines règles. Les réalisateurs ont su ne pas faire compliqué, afin de ne pas trop stimuler la réflexion chez les téléspectateurs, mais créer cependant un peu d’originalité pour susciter l’attention.

Enfin, l’espoir de voir les français se désintéresser de ces idioties se pointe. Les dernières pollutions télévisuelles proposées par TF1 n’ont fait que peu d’audience. «Moundir», «La ferme célébrités»… ces échecs accumulés font peut-être preuve d’une certaine lassitude chez les gens, qui est favorable à leur épanouissement. Les formes y sont, pourtant : un groupe de «has been», un environnement exotique, et un animateur prêt a se rouler dans la boue sans entacher son honneur absent. Mais la télé-réalité ne parle plus le langage de l’audimat. Cela me réjouit, et ne saura que profiter au peuple qui échappe à l’emprise de cette bêtise instrumentalisée… Pour l’instant.

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Re: De la télé-société : Entre vice et aliénation

Message par Troska le Sam 24 Avr - 11:18

J'avais pas lu cette article en entier, et en le lisant, ça m'a presque fait penser à l'analyse de Guy Debord et de la société conso-marchande-spéctaculaire.
Cette société du spectacle n'est rien d'autre que " un rapport social entre des personnes médiatisé par des images ". Ce que fvoulait Derbord, c'était une mise en acte de la conscience qu'on a de sa propre vie, contre une illusoire pseudo-vie que nous impose la société capitaliste et bourgeoise.

Finalement et c'est ce que j'ai lu dans ce texte, le but est de maintenir la reproduction du pouvoir et de l'aliénation : en d'autres termes, la perte du vivant de la vie ( et d sa vie ).
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