La musique adoucit les moeurs (?)

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La musique adoucit les moeurs (?)

Message par jipicard le Dim 18 Avr - 20:34

La politique ressemble souvent à l’art d’accorder ses violons. Certes, mais avec quels musiciens ? Et pour jouer quoi ?


Orchestre UMP :
L’accordéoniste trouve le moyen de se rendre sympathique auprès de tout le monde et se fait élire chef d’orchestre. Incapable de déchiffrer une partition et de faire des choix musicaux, il demande à Bruxelles et à New York de lui livrer des versions symphoniques de « Tirelipimpon sur le chihuahua » et de « Casser la voix ». Un débat sur le génie de Mozart est lancé, mais des groupes de hip-hop s’estiment insultés et le débat est avorté.

Orchestre PS :
Il est interdit de jouer autre chose que de la musique gaie et festive, à moins qu’il ne s’agisse d’une berceuse. Les œuvres sombres et inquiétantes sont déclarées nazies et remisées au grenier. L’orchestre est sommé d’interroger les conventions, de détourner les codes classiques, de déconstruire les modèles normatifs, dans le but de produire une véritable harmonie, une harmonie qui va plus loin ensemble, une harmonie citoyenne à l’identité métissée. On félicite ceux qui jouent du piano avec un archet. On prouve par A+B que Purcell doit tout à la culture subsaharienne. Ceux qui veulent jouer une œuvre dans les règles de l’art sont déclarés nazis. Les groupes de hip-hop sont les bienvenus, pourvu qu’ils se mettent au diapason de la musique gaie et festive, ainsi que des berceuses. Ceux qui prétendent qu’ils n’y arriveront jamais sont déclarés nazis. Il y a sept ou huit chefs d’orchestre en même temps.

Orchestre communiste :
Le chef d’orchestre et le compositeur sont sauvagement assassinés par une foule manipulée. Musiciens ou pas musiciens, tout le monde est obligé de jouer de la musique. On ne joue que du triangle en aluminium ou de la flûte en plastique car ce sont des instruments prolétaires fabriqués par l’usine des camarades. Les cuivres et les pianos à queue sont déclarés bourgeois et immédiatement détruits. Pendant les représentations, c’est un phonographe caché derrière le rideau qui joue la musique. Ceux qui jouent mieux que les autres sont mis à l’écart pour faire partie d’une tournée promotionnelle mondiale sous escorte de la police du régime. Les autres sont emportés par un fourgon et on ne les revoit plus jamais. Il y a un nouveau chef d’orchestre, mais officiellement c’est à titre provisoire, jusqu’à ce que l’orchestre s’auto-gouverne.

Orchestre anarchiste :
L’orchestre est dissout. Pour tromper l’ennui et supporter la cacophonie permanente, tout le monde sombre dans la drogue et l’alcool. Le théâtre devient une ruine insalubre où grouillent cafards et araignées. Seul un guitariste de génie se démarque de cette cour des miracles ; son album, parcouru de sonorités inouïes et révolutionnaires, est un cri mystique et angoissé qui dévoile un nouveau pan de vérité sur le mystère de la condition humaine. Il fait la fortune colossale d’une maison de disques capitaliste. Le musicien meurt à 27 ans, étouffé par son vomi après une soirée trop arrosée.

Orchestre fasciste :
Profitant d’un véhément brouhaha pendant la répétition, le joueur de triangle – qui est un ancien para – vire le chef d’orchestre débordé et prend sa place. Il fait fusiller les trublions, emprisonne ceux qui ont moufté, et torture quelques autres pour l’exemple. Secrètement, une très grande partie de l’orchestre pense « Ouf, on va enfin pouvoir jouer quelque chose ». L’autre partie fomente des attentats. On ne joue plus que des marches militaires. Les compositeurs « un peu trop pédés » sont bannis. Les musiciens qui souhaitent assouplir les arrangements ou la programmation sont déclarés « pédés » et fusillés.

Orchestre ultralibéral :
On ne joue que ce qui rapporte des sous. Le chef d’orchestre est viré au profit d’un manager en produits culturels. Les musiciens inutiles ou peu rentables [timbales, xylophone, triangle,...] sont remplacés par des synthétiseurs fabriqués en Chine. Les musiciens qui acceptent de jouer « Tirelipimpon sur le chihuahua » et « Casser la voix » se font railler par la profession mais se payent très vite des villas avec piscine. En sus, ils bénéficient dans leurs loges de machines à café, de photocopieurs et de logiciels de gestion. En quelques années, le nom de Vivaldi ne dit plus rien à personne.

Orchestre islamique :
Un imam modéré prend la direction. Il reçoit des menaces de mort s’il continue à jouer des œuvres impies, surtout si elles ont été composées par des esprits décadents ou sionistes. Progressivement, le répertoire s’oriente vers la musique sacrée islamique, mais très vite la musique est déclarée illicité par les autorités marocaines, algériennes et saoudiennes. Le théâtre est dynamité par un commando-suicide.

Orchestre CEE :
Les musiciens se comprennent à peine. Les instruments jouent faux, mais ils sont aux normes. Le chef d’orchestre sort de nulle part. On joue de la musique turque.
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