Les armes et les banlieues

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Les armes et les banlieues

Message par Baptiste le Mer 23 Juin - 14:52

Les armes se banalisent en banlieue

Des gangs mettent en commun leur arsenal, sous le contrôle des caïds.

Combien de pistolets, de revolvers, de fusils d'assaut Kalachnikov circulent dans les banlieues françaises? Le rapport de la mission parlementaire sur les armes à feu en France, auquel Le Figaro a eu accès, évite prudemment les estimations pour se concentrer sur les témoignages.

Or ceux recueillis par les députés Bruno Le Roux (PS) et Claude Bodin (UMP), respectivement président et rapporteur de la mission, ont le mérite de la clarté: non seulement les armes ont bien pris racine dans les quartiers sensibles, même si l'explosion de ce trafic a pu être surestimée, mais leur utilisation répond à un nouveau mode d'organisation, une forme de collectivisme de fait, qui aboutit au partage des armes, denrée précieuse, pour le meilleur profit des activités criminelles du quartier et du groupe. C'est, en tout cas, ce que s'accordent à dire les interlocuteurs de ces deux parlementaires qui ont auditionné en sept mois près de 80 personnes, policiers, militaires, magistrats, élus et armuriers. Sans oublier les incontournables fédérations de chasseurs, qui se sentiront peut-être davantage concernées par la refonte de la législation que propose ce rapport très fouillé en mettant en avant l'idée d'une carte grise pour chaque arme à feu.



Au fil de leur enquête, qui doit être dévoilée mercredi à l'Assemblée nationale, Bruno Le Roux et Claude Bodin ont ainsi acquis la conviction que les voyous des cités savent désormais mettre en commun leurs armements, quartier par quartier, pour une efficacité accrue. «Davantage qu'une augmentation du nombre d'armes présentes dans les quartiers sensibles, on assiste en réalité au développement d'une mutualisation de l'accès aux armes», écrivent-ils.

Le directeur départemental de la sécurité publique du Val-d'Oise explique, dans ce document, que «les armes sont souvent découvertes dans les parties communes au sein des cités à l'occasion des fréquentes opérations de contrôle». Elles sont, selon lui, «utilisées de manière collective et mises en quelque sorte en libre-service».

Marquer le territoire

Le policier révèle même que «les bandes échangent des informations sur la localisation des armes sur un territoire». Pour mieux connaître le stock. Bref, si ce sont les mêmes calibres qui circulent, leur emploi est, pour le moins, «optimisé». Et ce professionnalisme n'est sans doute pas étranger à l'explosion des braquages, notamment de commerces. Même en province, lit-on dans le rapport, «les individus les plus âgés vivant dans ces cités savent où se procurer des armes à feu».

La banalisation est-elle vraiment en marche? Pour l'instant, explique le patron des policiers niçois, Pierre-Marie Bourniquel, lui aussi interrogé par la mission, «le caïd local semble le principal utilisateur des armes à feu dans un cadre délictuel ou criminel». En effet, «le contrôle des armes permet d'offrir sa protection aux membres du groupe, la maîtrise du maniement d'une arme peut représenter par ailleurs comme un rite de passage attestant de la capacité d'un membre à en faire partie», précise le rapport.

Puissance de feu

Plus inquiétant, «la généralisation d'Internet peut, dans une certaine mesure, contribuer à l'organisation de l'accès mutualisé aux armes à feu», ajoutent Bruno Le Roux et Claude Bodin. On peut d'abord assister à «quelques échanges sur la Toile pouvant aboutir à la cession d'armes à feu», constatent-ils.

Sous-directeur des services territoriaux au ministère de l'Intérieur, Hervé Niel évoque, quant à lui, dans le rapport, «l'utilisation d'Internet pour exhiber des armes». Son explication: «Internet sert alors à faire connaître aux rivaux que le groupe dispose d'une puissance de feu pour défendre son territoire ou un trafic.» Et les deux élus d'en conclure: «Internet remplit donc une fonction dissuasive et permet d'affirmer un marquage du territoire, notamment sur les blogs.» Les opérations coup de poing de la Place Beauvau ne sont pas prêtes de s'interrompre.

Source : figaro

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