Pourquoi les anarchistes prônent-ils la Liberté ?

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Pourquoi les anarchistes prônent-ils la Liberté ?

Message par Troska le Ven 6 Aoû - 23:09

Un anarchiste peut être vu, d'après Bakounine, comme « un fanatique de la liberté, la considérant comme l'unique environnement dans lequel l'intelligence, la dignité et le bonheur de l'humanité peuvent se développer et s'accroître ». Puisque les êtres humains sont des créatures pensantes, les priver de liberté signifie les priver de l'occasion de penser par eux-mêmes, ce qui équivaut à renier leur existence même d'humains. Pour les anarchistes, la liberté est le produit de notre humanité car :
« Le vrai fait... qu'une personne ait une conscience de soi-même, d'être différente des autres, crée un désir d'agir librement. La soif de liberté et d'expression de soi est un trait fondamental et dominant. »

Pour cette raison, l'anarchisme « propose de sauver le respect de soi et l'indépendance de l'individu de toutes les contraintes et invasions de l'autorité. Il n'y a qu'en étant libre que l'homme [sic!] pourra grandir dans sa pleine envergure. Il n'y a qu'en étant libre que l'homme apprendra à penser et à bouger, et à donner le meilleur de soi-même. Il n'y a qu'en étant libre qu'il réalisera la vraie force des liens sociaux qui lient les hommes entre eux et qui sont les vraies fondations d'une vie sociale normale. »
Ainsi fondamentalement, pour les anarchistes, la liberté est représentée par des individus qui poursuivent leur propre bien dans leur propre voie. Dorénavant, cette façon d'agir entraîne une activité et un pouvoir des individus alors qu'ils prennent des décisions pour et à propos d'eux-mêmes et de leur vies. Seule la liberté peut assurer le développement de l'individu et la diversité. Car quand des individus se gouvernent eux-mêmes et prennent leur propres décisions, ils doivent exercer leur esprits et cela n'a pas d'autres effets que de développer et de stimuler les individus impliqués. Comme Malatesta l'a dit, « pour que des gens deviennent éduqués à la liberté et à la gestion de leur propre intérêts, ils doivent être libres d'agir par eux-mêmes, de ressentir de la responsabilité pour leurs propres actions en bien et en mal. Ils feront des erreurs, mais ils comprendront à partir des conséquences où ils se sont trompés et essayeront de nouvelles voies. »

Par conséquent la liberté est la précondition au développement maximum du potentiel de l'individu, ce qui est aussi un produit social et peut être atteint qu'au sein et à grâce à la communauté. Une communauté libre et en bonne santé produira des individus libres, qui à leur tour façonneront la communauté et enrichiront les relations sociales entre les gens qui la composent. Les libertés, en étant produites socialement, « n'existent pas parce qu'elles ont été établies légalement sur un bout de papier, mais seulement quand elles sont devenues une habitude incarnée d'un peuple, et quand chaque tentative de les affaiblir provoque une réaction violente de la population... On force le respect des autres quand on sait comment défendre sa dignité en tant qu'être humain. Cela n'est pas seulement vraiment vrai dans la vie privée, il en a toujours été de même dans la vie politique. » En fait, nous « devons tous les droits et les privilèges dont nous profitons aujourd'hui, dans une plus ou moins large mesure, non au bon vouloir des gouvernements mais à notre propre force. »
C'est pour cette raison que les anarchistes soutiennent la tactique dite de l'« action directe » pour que, comme l'explique Emma Goldman, nous ayons « autant de liberté que [nous voulons] en prendre. L'anarchisme par conséquent implique l'action directe, le défi prononcé contre, et la résistance à, toutes les lois et restrictions économiques, sociales et morales. » Elle requiert « de l'intégrité, de l'autonomie, et du courage. En bref, elle nécessite des esprits libres et indépendants » et « seule une résistance tenace » peut « finalement [nous] rendre libre(s). L'action directe contre l'autorité dans les ateliers, l'action directe contre l'autorité de la loi, l'action directe contre l'envahissante et l'officieuse autorité de notre code moral, est la méthode cohérente et logique de l'anarchisme. »

En d'autres termes, l'action directe est à la fois l'application de la liberté, utilisée pour résister à l'oppression ici et maintenant, et le moyen de créer une société libre. Elle crée la mentalité individuelle et les conditions sociales grâce auxquelles la liberté prospère. Les deux types de conditions sont essentielles puisque la liberté ne se développe qu'au sein d'une société, et non en opposition à elle. Ainsi, Murray Bookchin écrit :
« La liberté, l'indépendance et l'autonomie que les gens ont à une période historique donnée est le produit de longues traditions sociales et... d'un développement collectif — ce qui ne veut pas dire que les individus ne jouent pas un rôle important dans ce développement, puisqu'en fin de compte ils sont obligés de faire ainsi s'ils veulent être libres. »
Mais la liberté requiert un type d'environnement social correct dans lequel grandir et se développer. Un tel environnement doit être décentralisé et basé sur la gestion directe du travail par ceux qui le font. La centralisation signifie une autorité coercitive (la hiérarchie), tandis que l'autogestion est l'essence même de la liberté. L'autogestion garantit que les individus impliqués utilisent (et ainsi développent) toutes leurs capacités — et tout particulièrement leurs capacités intellectuelles. À l'inverse, la hiérarchie substitue à toutes les activités et pensées des individus impliqués celles d'une minorité. Ainsi, plutôt que de développer leurs capacités au maximum, la hiérarchie marginalise les masses et garantit que leur développement est émoussé.
C'est pour cette raison que les anarchistes s'opposent à la fois au capitalisme et à l'étatisme. Comme l'anarchiste Sébastien Faure le notait, l'autorité «[i] se déguise en deux formes principales : la forme politique, qui est l'État ; et la forme économique, qui est la propriété privée. » Le capitalisme, comme l'État, est basé sur une autorité centralisée (c'est-à-dire le patron au-dessus du travailleur), le vrai but étant de priver de la gestion du travail ceux qui le font. Cela veut dire « que la libération réelle, finale et complète des travailleurs n'est possible qu'à une condition : l'appropriation du capital, c'est-à-dire des matières premières et de tous les outils de travail, en incluant les terres, par le corps des travailleurs. »

D'où, comme Noam Chomsky l'explique, un « anarchiste cohérent doit s'opposer à la propriété privée des moyens de production et l'esclavage salarial est une composante de ce système, aussi incompatible avec le principe que le travail doit être entrepris librement et être sous le contrôle du producteur. »
Ainsi, la liberté, pour les anarchistes, signifie une société non-autoritaire dans laquelle les individus et les groupes pratiquent l'autogestion. Les implications sont importantes. Premièrement, cela implique qu'une société anarchiste serait non-coercitive, c'est-à-dire, une société où la violence ou la menace d'user de la violence ne seraient pas utilisées pour « convaincre » les individus de faire quelque chose. Deuxièmement, cela implique que les anarchistes sont de fermes partisans de la souveraineté individuelle, et que, à cause de ce soutien, ils s'opposent aux institutions basées sur l'autorité coercitive, c'est-à-dire la hiérarchie. Finalement, cela implique que l'opposition des anarchistes au « gouvernement » veut seulement dire qu'ils s'opposent aux organisations ou gouvernements centralisés, hiérarchiques ou bureaucratiques. Ils ne s'opposent pas à l'auto-gouvernement avec des confédérations d'organisations décentralisées et populaires, tant qu'elles sont basées sur la démocratie directe plutôt que sur la délégation d'un pouvoir à des « représentants ». L'autorité est le contraire de la liberté, par conséquent toute forme d'organisation basée sur la délégation du pouvoir est une menace à la liberté et à la dignité des personnes qui lui sont soumises.
Les anarchistes considèrent que la liberté est l'environnement social au sein duquel la dignité et la diversité humaines peuvent fleurir. Dans un environnement capitaliste ou étatiste, en revanche, il n'y a pas de liberté pour la majorité puisque la propriété privée et la hiérarchie garantissent que l'inclination et le jugement de la plupart des individus seraient subordonnés à la volonté d'un maître, ce qui restreindrait sévèrement leur liberté et rendraient impossible le « développement maximal de toutes les capacités matérielles, intellectuelles et morales qui sont latentes en chacun de nous. » C'est pourquoi les anarchistes cherchent à garantir « que la justice et la liberté réelles puissent exister sur Terre » car ce monde est « complètement faux, complètement inutile, ce gaspillage sauvage de vies humaines, d'os et de muscles et de cerveaux et de cœurs, cette transformation d'individus en êtres habillés de haillons, en fantômes, en caricatures pitoyables des créatures qu'ils auraient dû devenir le jour où ils sont nés ; c'est que ce qui est appelé l’économie, l'amassement de choses, est en réalité la plus abominable dépense — le sacrifice du fabricant pour le fabriqué — la perte des meilleurs et des plus nobles instincts pour le gain d'un attribut révoltant, le pouvoir de compter et de calculer. »
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