Qu'est ce que le beau

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Qu'est ce que le beau

Message par Sylphide le Ven 12 Mar - 21:56

Un billet d’humeur n’est pas nécessairement colérique. Il peut être enthousiaste. J’ai été enthousiasmé par un article de M. Pierre Cormary Dégoûts et des goûts dans une revue intitulée Les carnets de la Philosophie et consacrée à cette grande question : Qu’est-ce que le Beau ?

L’auteur cite Nietzsche : « Des goûts et des couleurs, on ne discute pas…Et pourtant, on ne fait que ça ». Et il ajoute : « c’est bien normal ! » et il enclenche la polémique : « Il est toujours pénible de se rendre compte qu’il y a parmi vos amis des amis inférieurs, vous savez, ces gens qu’on aime et qui n’ont pas les mêmes avis que vous, qui ne comprennent pas, par exemple, qu’il y a des arts majeurs et des arts mineurs, ou pourquoi Mozart est plus important que Michael Jackson. » Souvent, pour se défendre, ils vous répondent qu’ils sont « dans la vie ».

L’auteur se déchaîne : « Le chantage à l’amour de la vie ! La haine du génie et de l’excellence au nom de ce pseudo amour de la vie ; l’insensibilité crasse et la bêtise en bandoulière au nom de l’amour de la vie (…) ; la gerbante puérilité d’un Alexandre Jardin, au fond celle de l’époque, qui est de vouloir aimer la vie sans guerre, ni deuil, ni fiasco amoureux ; l’utopie infantile du fumeur qui rêve de fumer sans risquer le cancer, ou du boulimique mince (…) ; l’utopie d’une conscience sans contradiction et d’une existence sans négatif. Vous aimez la vie, dites-vous ? Alors, assumez le négatif ! (..). Appréhendez la croix qu’il y a en toutes choses. Et pour cela, ouvrez-vous aux œuvres d’art. Osez le jugement de goût ! »

Et voici le passage essentiel à retenir absolument : « Dans nos sociétés démocratiques post-modernes, il n’est plus côté d’affirmer une hiérarchie des arts, des goûts et des idées. Non seulement le Beau n’est plus la marque d’un ordre transcendant et harmonieux (tendance platonico-thomiste) ou le signe d’une subjectivité supérieure (tendance romantique moderne), mais en plus et surtout il n’apparaît plus que comme l’expression individuelle d’affects qui peut et qui doit se passer de l’univers commun. Le Beau, c’est ce que je veux, où je veux, quand je veux. Le Beau, cela ne concerne ni Dieu ni le monde, mais simplement moi, moa ! Il n’y a plus ni du mineur ni du majeur, il n’y a plus que moi qui suis la princesse ! »

«L’abominable formule du « chacun ses goûts » se révèle le seul jugement de goût permis. (…) Des goûts et des couleurs, il ne faut plus discuter. Tout se vaut, donc rien ne se communique. On peut éventuellement aimer la même chose mais il est interdit de se risquer au jeu réactionnaire des comparaisons. (…) Seule l’expérience vécue importe. L’œuvre pour nous laisse la place à l’œuvre pour moi. L’être n’est que ce qu’il est pour moi. D’où l’athéisme de masse, du moins dans nos pays, symptôme du refus épidermique d’un être supérieur ».

L’auteur veut réhabiliter le jugement de goût qui permet de communier au sein d’une culture partagée. On ne prouve pas le goût mais on l’éprouve et il existe des traits communs à la sensibilité humaine en général. Sinon comment les Japonais cultivés pourraient-ils aimer comme c’est le cas notre musique classique ? Communion des hommes cultivés ! Pour finir, l’auteur insiste sur une vérité essentielle à notre époque d’utilitarisme déchainé : « le jugement de goût nous apprend à contempler le monde de manière fervente et désintéressée. »

Yvan Blot

Février 2010

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05/03/2010
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